samedi 21 octobre 2017

#Metoo #Moiaussi : Quand les réseaux sociaux libèrent la parole…



Depuis quelques jours, je vois apparaitre sur mon fil d’actualités des textes poignants  de femmes (peut être y’a-t-il des hommes aussi…mais pour l’instant je n’en ai pas encore lu moi-même) qui ont eu à souffrir de viols ou d’agressions sexuelles, ou tout simplement d’actions dégradantes  commises contre leur personne ou de manière à agir contre leur dignité ou intégrité physique et mentale.
J’ai lu des témoignages qui m’ont fait froid dans le dos et donné envie de pleurer sur ces êtres abusés qui portent en eux les stigmates de ces traumatismes d’une vie. Pas de pleurs de condescendance, non…des pleurs partagés, des pleurs parce qu’à cet instant précis je fais de leurs traumatismes le mien aussi. J’ai envie de prendre un peu de leur douleur et leur transmettre un peu de ciment pour se reconstruire. Oh ! Je sais qu’elles ou ils ne m’ont pas attendu pour cela. Mais je crois que face à ça nous nous devons d’être ensemble telles des molécules d’un même corps et d’un même esprit.
J’admire leur courage, je les vois comme victorieu(ses/x) face à des agresseurs qui ne sont pas parvenus à les anéantir…Au contraire…la plupart de ces victimes sont de belles personnes, des âmes combattives, puissantes même si peut-être elles n’ont pas conscience de ça.
Bien sûr que personne ne peut sortir totalement indemne de ces expériences monstrueuses.
Concomitamment, le hastag balancetonporc a aussi pris place dans nos fils d’actualités faisant des réseaux sociaux comme une grande marée noire sur l’océan de « quiétude » des j’ai fait ceci cela à diner…mes enfants ont ceci cela…je suis allée aux toilettes 3 fois aujourd’hui etc.
Soudain la gravité de la situation nous est apparue…et les langues se déliant et les écrits se débloquant il y a à redouter surtout que ce n’était que la partie immergée de l’iceberg et que nous allons découvrir avec effroi à quel point notre société est malade.
Parce que je suis moi aussi solidaire de ces femmes et de ces hommes qui ont eu à souffrir des esprits malades de pervers (sans parler de ces pauvres animaux qui n’ont pas la parole pour dire les choses) je vais participer ici même au #Moiaussi #Metoo.    

Mon témoignage paraitra sans doute de la gnognotte face à ceux que j’ai pu lire mais ainsi je participerai à ma hauteur et je serai solidaire de mes sœurs et frères de douleur.

Mon #metoo commence vers l’âge de 9/10 ans. Je me souviens que c’était en 1982, l’année de mes 10 ans. Le 10 février exactement, date anniversaire de maman j’ai « saigné » pour la première fois. Je l’ai pris comme un cadeau au vu de cette date si spéciale. Heureusement maman m’avait préparée à cela. Mon corps a rapidement changé. J’ai tout de suite vu « pousser » des formes très féminines qui me donnaient un physique de jeune fille alors que je n’étais encore qu’une petite fille.
Un jour, nous sommes allées avec maman chez l’une de mes grandes sœurs. Celle-ci a 17 ans d’écart avec moi. Elle était mariée à un homme que j’appellerais M.

Ils avaient aménagés une ancienne ferme et je ne sais pas pourquoi à un moment je me retrouve à l’extérieur avec ma sœur et ma nièce qui avait 3 ou 4 ans de moins que moi. Mon beau-frère nous encourage à aller voir les petits lapereaux nés peu de temps auparavant.  Je revois la scène comme si c’était hier…il demande à ma sœur de prendre un des petits lapins dans ses bras et ma sœur s’exécute, rapidement il dit à ma sœur et sa fille d’aller jouer un peu plus loin. Il me demande comme il l’avait fait pour ma sœur d’attraper à mon tour les petits lapins et il me dit penche toi plus et ne t’inquiète pas je te retiens. Moi, dans ma grande innocence je m’étais emparé d’un lapin et je le caressais, j’avais bien senti la main de M. s’attardant sur mon sein mais c’est en voyant son regard lubrique et en sentant sa main s’agiter avec force sur mes rondeurs naissantes que j’ai compris que ce qui se passait était malsain…j’ai voulu me relever  et il a d’abord cherché à me retenir et puis il a semblé évaluer la situation…ma sœur n’était pas loin j’aurais pu crier et elle aurait averti maman et elle l’aurait massacré ce type…

Il m’a laissé filer mais j’ai bien vu son regard s’attarder sur moi quand je me suis relevée et j’étais très jeune mais j’ai tout de suite compris qu’il me faudrait toujours veiller à être prudente avec lui.
L’histoire m’a donné raison…heureusement pour moi il n’a jamais eu la moindre occasion de me violer. Ma mère me protégeait beaucoup. Je sais que si je lui avais dit tout ça, il y aurait eu un drame familial…ma mère n’aurait jamais laissé faire ça.

J’ai voulu la protéger. Je ne supportais plus mon beau-frère…chaque fois qu’il venait il m’entraînait dans un couloir, la main pétrissant mon sein et sa bouche qui glissait sur la mienne et qui me donnait la nausée. Il profitait toujours du fait que la maison était toujours emplie de monde pour trouver des excuses…il voulait jouer avec les enfants etc.

Je me souviens une fois où j’ai eu vraiment très peur…c’était bien plus tard…je devais avoir 12 ou 13 ans. Déjà plus apte à me défendre aussi…il a sonné à la porte et j’étais seule dans l’appartement que nous occupions. Maman était partie en course avec mes frères et ma sœur. La surprise a du transparaître sur mon visage. Il a voulu entrer et il s’est installé. Il m’a demandé de danser pour lui…je préparais un costume pour une fête costumé à l’école. J’avais un vieux jupon en dentelle de maman en guise de jupe. Il était assis sur une chaise et je m’exécutais par peur. Et il m’a dit que je ressemblais à une de ses cousines qu’il aimait bien…et là j’ai compris pourquoi c’était après moi qu’il en avait.  Il avait le regard d’un félin sur une proie, prêt à bondir…j’avais peur de lui.

Heureusement pour moi ce jour là maman est entrée et m’a une fois de plus sauvée sans le savoir.
Et puis un jour ma grande sœur qui était son épouse nous a appris qu’elle allait divorcer et je crois n’avoir jamais autant été reconnaissante. Curieusement la mémoire fait assez bien les choses car dès que j’étais sure de ne jamais le revoir, j’ai enfoui dans cette fameuse mémoire jusqu’à l’existence de cette expérience. Cela peut ne paraître rien cette histoire mais pour moi cela a conditionné tout le reste de ma vie de femme. C’est à partir de cette expérience non dite et non exprimée que j’ai commencé à grossir. Tout le monde s’inquiétait pour moi et personne ne comprenait pourquoi je grossissais autant…moi non plus d’ailleurs. Curieusement j’avais mis ça sur le compte de la peur que j’avais de voir ma maman mourir.

Et puis un jour de 2005, j’ai suivi le parcours pour me faire poser un anneau et j’ai du voir un psychiatre. Et là, tout ce qui était enfoui en moi est ressorti en larmes et j’ai compris que ce corps que je m’étais fabriqué était une armure anti-séduction…une espèce de barrière de chair pour que les hommes me trouvent repoussantes et n’avoir jamais à revivre mon traumatisme.

C’est aussi à cette époque que j’ai commencé à vivre ma vie de femme et que j’ai appris que des hommes aimaient ce que moi j’avais passé une vie entière à construire entre eux et moi…mais ça c’est une autre histoire.

Si vous avez des #metoo à nous faire partager et à publier sur le blog…n’hésitez pas. Nous nous ferons un plaisir d’être votre relais.

Si vous faites partie des nombreuses victimes alors je vous serre fort.


Natalouschka

1 commentaire:

  1. il faudrait vraiment que les lois changent et aussi éduquer les enfants davantage au respect de l'autre et faisons en sorte que les agressions sexuelles ne soient plus une fatalité
    brigitte

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