lundi 2 décembre 2013

A lire ou à relire : Lettre à mon corps

Natalouschka a écrit ce texte en décembre 2012
il me touche toujours autant quand je le lis 
et j'ai envie de le partager à nouveau avec vous
Charlotte

Voici un texte que j'ai écrit il y a quelques jours et que je vous livre ici sur le mag. Il est un peu sombre mais je pense qu'il parlera à bon nombre d'entre vous. Il n'est pas toujours simple de dire ce que l'on a au plus profond de son coeur. Ce texte n'était pas fait pour apparaître ici à la base mais j'espère que peut être il aura une résonance chez quelqu'un.


Je t'écris depuis une nuit que les étoiles ont fui. Mes pensées vont et viennent telles des plumes qui iraient s'encrer à ton ciel noir et ce sont mes mains, enfin les tiennes, qui les font devenir réelles sur cet écran lumineux qui t’abîme les yeux.
Mon corps que j'ai haï tant de fois. Tu n'es pas celui que j'aurais aimé que tu sois et pourtant tu as porté en toi le poids de tant de mes blessures profondément ancrées dans tes viscères les plus sensibles. Tu as joué le rôle de pare-feu pour protéger mon âme.
Ce corps a été beau autrefois, aujourd'hui il est cabossé, flétri, et strié par cette peau éclatée par endroit à force d'avoir été trop détendue. Pourtant toutes ces aspérités et toutes ces imperfections sont les témoins de mon passé et après t'avoir rejeté si férocement aujourd'hui je t'aime ainsi mon corps.
Il m'a fallu du temps pour comprendre que le poids que tu prenais n'était autre que le poids de mes souffrances.
Aujourd'hui tu souffres, mon corps, de t'être trop donné à ma protection. Ton squelette s'effrite, tes articulations tombent en ruine, tes muscles ne te portent plus et certains de tes viscères ont eu à souffrir du stress, des angoisses, des chagrins accumulés à tel point que plus rien ne sera plus jamais comme avant...
J'ai de la peine à te voir parfois si mal en point...j'entends les critiques qu'on t'adresse lorsque parfois on pense que tu joues la comédie et pourtant moi je ressens toutes les difficultés que tu as à rester dans la course...je sais l'intensité des douleurs qui t'accablent mais qui jamais ne te font te replier sur toi même.
Je te regarde sur de vieilles photos un peu jaunies et là je me rappelle...je me souviens enfin que ce corps c'est le mien et que toi et moi nous sommes pour l'instant indissociable. Un jour, je ne connais pas encore la date...je t'abandonnerai telle une chrysalide pour que mon âme s'envole sans plus aucune contrainte corporelle.
Mais toujours, je te le promets, je me souviendrai du temps où tu as été là pour m'abriter et me servir au mieux de ce que tu as pu, pour continuer à bercer l'enfant meurtrie en moi et pour cajoler l'adulte blessée qui fait plus que sommeiller en moi...et oui elle ronfle et ça fait du bruit.
Merci à toi mon corps, aime toi malgré ta dysmorphie et les autres je suis sure finiront par t'aimer pour ce que tu es et non pour ce qu'ils aimeraient que tu sois...


Natalouschka. Photo par Laurent Thiroux.
Natalouschka

4 commentaires:

  1. Merci pour ce texte ..

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  2. Très beau texte Natalouschka... merci

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  3. C'est tellement vrai...
    Merci pour ce texte

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  4. Merci à vous de l'avoir lu et compris...♥

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