samedi 16 février 2013

Rencontre avec Cath!

 Nombreux sont ceux qui te connaissent pour tes actions menées pour que soit prise en compte l'obésité dans le domaine de la santé et de la société. Et puis je pense aussi que nombreux sont ceux qui t'associent à www.pulpeclub.com (qui fête ses dix ans aujourd'hui).
1/Tu es une figure importante de ce que l'on a appelé la Size française. Je le dis au passé parce que je ne suis plus certaine qu'elle existe encore. Peux tu nous éclairer sur ce qu'est la Size selon toi et si elle existe toujours ?
Pour être tout à fait honnête, j'ai toujours eu un peu de mal avec cette expression "size acceptance". C'est un concept venu des Etats-Unis, et je ne suis pas certaine que l'on puisse lui donner une version plus française.
Pour moi, la size acceptance est un mouvement dirigé par des hommes au service des hommes. Je m'explique : si l'on reprend les racines de la size, elle a été créée par un homme dont la femme était grosse. Il aimait les grosses et avait envie de hurler à la face du monde "big is beautifull" qui s'est vite transformé en plus tu es gros, plus tu es beau.
C'est une chose d'aimer les hommes ou les femmes grosses, c'est pour moi une sorte de fétichisme ni plus grave ni moins grave qu'un autre, au même titre que de préférer les blondes, ou les brunes. Mais c'est tout autre chose d'être gros ou grosse soi même.
Il y a un moment ou l'obésité devient un handicap.
Il faut bien distinguer deux types de handicap : le handicap social qui fait que dès que tu as quelques kilos de "trop", il est plus difficile de trouver un travail, d'avoir accès à une formation, de trouver des fringues, etc, et le handicap physique qui fait qu'à moment donné on a du mal à bouger, les articulations en prennent un coup sérieux, etc.
On pourrait donc résumer MON concept de size acceptance en disant qu'il y a 4 combats à mener :
- faire que chacun trouve sa place dans cette société quelque soit son poids, que chacun puisse travailler, être reconnu, puisse s'habiller, etc.
- faire que la prise en charge de l'obésité et des obèses soit d'égale qualité à ce qui est proposée aux autres patients.
- faire que les personnes aimant les grosses et gros ne soient pas considérées comme des pervers.
- faire de la prévention de l'obésité massive une vraie priorité qui ne doit pas se transformer en guerre contre les obèses.
2/Militante de la première heure, tu mènes des actions en particulier dans le domaine de la santé.
Pourquoi ce domaine en particulier ?
Je me suis plus particulièrement intéressée à la santé car je pense que c'est la condition sine qua non pour faire avancer les choses.
Aujourd'hui on considère encore que si les gens sont gros c'est qu'ils manquent de volonté. Il s'agit donc à la fois de mieux connaitre cette maladie chronique sur laquelle il y a trop peu de recherches, et en même temps d'améliorer sa prise en charge.
Avant, si tu étais gros, c’est que tu le voulais bien, tu n’avais qu’à faire un régime, aujourd’hui, rien n’a changé, le régime a juste été remplacé par la chirurgie.
Dans le même temps, il est essentiel de faire avancer la prise en charge des patients obèses qui ne peuvent toujours pas passer un IRM ou un scanner facilement, qui n'ont toujours pas de blouses à leur taille à l'hôpital, qui n'ont toujours que 5 ambulances en France qui peuvent les transporter, etc.
Le travail que nous avons fait a déjà fait pas mal avancé les choses, mais il reste encore beaucoup à faire, croyez-moi !
3/Tu as fait partie de réunions entre professionnels de la santé et politiques afin de parler des difficultés rencontrées par les personnes en surpoids dans le milieu médical. Quelles sont les avancées selon toi suite à ces réunions ? Y'a-t-il encore beaucoup à faire ?
Comme je le disais plus haut, nous avons eu des avancées mais nous sommes également arrivés en plein remaniement du système de prise en charge des patients, et de réduction des budgets.
La tarification à l'acte à l'hôpital n'a pas simplifié les choses.
Il y a des sujets simples comme le fait de comprendre qu'il faudrait un lit et un brancard pouvant accueillir un patient obèse dans chaque hôpital par exemple, et d'expérience, je peux vous affirmer que même si des progrès ont été réalisés, nous sommes encore bien loin du compte.
Il y a des sujets plus complexes comme le fait que nous réclamons des informations plus précises et plus récentes sur le suivi des personnes ayant fait un by-pass par exemple. On commence à entendre parler d'échec et même de complications gravissimes. Nous aimerions en savoir plus la dessus et c'est très opaque.
L'imagerie médicale est également un sujet. Nous sommes limités par la technique mais surtout par des budgets qui ne sont pas donnés et des professionnels qui préfèrent faire l'acquisition d'appareils plus sophistiqués mais qui ne peuvent pas accueillir des obèses, plutôt que d'acheter au moins une IRM permettant l'accès à l'imagerie à des patients qui en sont totalement exclus.
La formation des médecins n'a pas beaucoup avancé. En gros hier on leur disait qu'il fallait proposer des régimes, aujourd'hui de la chirurgie qui ne soigne pas et sur laquelle nous avons trop peu de recul.
La tarification à l'acte fait que vous touchez la même chose que vous preniez en charge un patient de 100 kilos ou un patient de 150 ou 250 kilos. Résultat, dans les cliniques on refuse de prendre en charge les patients les plus compliqués qui se retrouvent tous à l'hôpital et doivent donc attendre des mois, voire des années pour une prise en charge correcte.
On pourrait résumer en disant qu'il y a eu une amorce de résultats, mais que nous sommes encore très loin du compte.
4/L'obésité massive ou morbide est un sujet qui te touche particulièrement. As tu envie de nous en parler un peu ?
On parle souvent, quand on parle d'obésité des problèmes cardio vasculaires et du diabète mais pas assez des difficultés ostéo articulaires.
Pourtant il existe beaucoup de traitement pour les problèmes de métabolisme, mais quasiment rien pour ce qui concerne nos articulations.
Il faut comprendre que c'est avec le temps que nos articulation souffrent. A 25 ans, même si on pèse 150 kilos, on s'en sort pas trop mal, mais passé 40/45 ans, les problèmes et les douleurs arrivent et nous mènent irrémédiablement vers le handicap. Le dos, les genoux, les chevilles, les hanches ne peuvent plus nous porter, les cartilages sont usés et les douleurs peuvent rapidement devenir insupportables.
On se retrouve à 50 ans avec la qualité de vie d'une personne de 70 ans.
Il faut également comprendre que l'obésité est une maladie chronique qui fait que l'on continue à prendre du poids avec le temps. Ce qui nous a fait passer de 80 à 90 kilos puis de 90 à 100 puis de 100 à 120 nous fera également monter plus haut.
Donc ok, on peut faire des photos, être mise en valeur en lumière, même être Miss Ronde, mais attention à ne pas faire l'apologie de l'obésité.
Etre grosse, c'est une spécificité comme il existe des grands, des minces, des petits, des blancs, des noirs. Mais être obèse c'est être malade il faut donc se prendre en charge, se faire suivre.
Quand on voit aujourd'hui des jeunes qui pèsent déjà 130 kilos à 20 ans, on se dit qu'ils rencontreront ces problèmes ostéoarticulaires encore plus tôt que nous, c'est à dire vers 40 ans et qu'à 50 ans, c'est le fauteuil qui les attend.
C'est pas très glamour, mais c'est la réalité. L'obésité, c'est aussi cela. Alors certes, on peut être gros et être beau, être gros et être intelligent, être gros et tout le reste, mais il ne faut pas oublier que notre santé est entre nos mains et qu'il ne faut pas jouer avec.
Mais que faire me direz-vous ? Tenter de stabiliser son poids à moment donné, même si c'est à 130 kilos, par exemple, mais stopper la spirale infernale de la prise de poids. C'est déjà une grande victoire !
5/Sans être totalement utopique, qu'est ce qui pourrait faire que tu te dises un jour enfin les choses changent et nous allons vers une situation presque idéale ?
Un vrai traitement contre l'obésité massive.
6/A quoi rêve une Cath, en dehors de ces sujets de la Size ?
Je ne rêve pas, je vis !
Un grand merci et toute l'équipe de BigBellesMag est ravie et honorée que tu aies accepté de répondre à ces quelques questions.
Nous t'embrassons.
Je tiens à ajouter que Cath a un blog qui vaut vraiment de s'y arrêter. Il est très bien écrit, avec beaucoup d'humour et beaucoup de recul à la fois. 

Natalouschka

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